Dans la vie vraie

par emery doligé

La télévision française attend ses barbares...

La télévision française attend ses barbares...

TF1, France 2, 3, 4, 5, O, Canal+, M6 et toutes les autres chaines vivent dans un confort sans nul autre pareil. Dans aucun autre secteur de l'économie française, ceux qui font les produits sont dans un tel confort.

Depuis longtemps, pour être un producteur de France Télévisions, il faut passer par l'adoubement de certains grands producteurs installés. L'une des causes de l'échec de l'émission de Sophia Aram résidait aussi dans le fait que Morgane Productions n'était pas reconnue par les autres comme pouvant faire une émission d'access prime time. De même, la caisse de résonance de l'échec de l'émission de Jean-Marc Morandini sur NRJ 12 a été plus démultipliée parce qu'il ne fait pas parti de l'équipe et qu'en plus il critique (sur Europe 1 et sur son blog) les autres émissions.

Et on pourrait dire la même chose avec bien d'autres producteurs de flux.

A l'autre bout de la chaîne, il y a le téléspectateur qui mute. Il change, il zappe, il consomme, il entre dans l'hypermédia. Là où il n'y avait que deux ou trois sollicitations, il y en a dix fois plus.

Cyril Hanouna l'a bien compris. Dans "L'émission pour tous" sur France 2, Laurent Ruquier construit les 90 minutes en 4 séquences, Hanouna est à 12 séquences et fait le show pour attirer, captiver. Si un sujet ne plait pas chez Ruquier, il faut attendre la fin d'un tunnel. Chez Hanouna l'attente est moins longue, la déconne constante. Le téléspectateur est occupé.

Que cela soit pour Ruquier, Hanouna, ou encore Lapix, De Caunes, le carrefour entre la fin d'après midi et le journal de 20 heures est crucial, les marges financières représentent en moyenne près de 25%.

Le modèle mis en place sur les grands carrefours d'audience est immuable. Le jeu de TF1 fait la course en tête avant le journal de 20 heures et canalise les téléspectateurs vers la météo (grille tarifaire la plus chère pour la publicité) puis vers Canteloup et la soirée. TF1 a compris que les téléspectateurs n'avaient pas envie de se prendre la tête en rentrant du boulot.

Le Service Public a une mission : Celle d'éduquer, de divertir mais intelligemment. Sur France 3 on gagne des dictionnaires dans Questions pour un champion là où on gagne de grosses sommes d'argent dans le privé. Le Service Public est donc dans une quadrature du cercle complexe pour respecter le téléspectateur et ses obligations. L'érosion de son audience est certaine même si cela reste marginal.

Pourtant il y aurait une solution simple qui part d'un vieil adage : savoir imposer son calendrier.

Imaginez qu'on change les choses comme le journal de 13h ou de 20h... voire même qu'on bouscule d'autres institutions comme les émissions d'accueil. Pour cela, il faudrait faire entrer les barbares dans la télévision publique et casser les monopoles.

Dans le monde du web, on entend par "Barbare" ceux qui ne font pas partis du sérail. Ils innovent, ils créent autrement, ils produisent avec d'autres technologies, ils régénèrent... et s'ils sont bons ils peuvent percer via le web et les réseaux sociaux.

C'est l'histoire de Studio Bagel, de Connasse, de Norman, de Hugo tout seul, de Cyprien et de tellement d'autres qui, à force de "likes" et autres "vues sur Youtube", ont proposé un autre contenu, produit sans moyen et tout aussi efficace. Tous ces barbares prennent du temps de télévision disponible. Les producteurs du sérail n'aimant pas ça, ils tentent d'une façon ou d'une autre de les inféoder avec plus ou moins de succès.

Par leurs audiences importantes, ces premiers barbares posent la question non pas de l'innovation de leur contenu mais de la consommation de ces derniers par les téléspectateurs. Ils n'ont pas bougé les programmes classiques, ils les ont intégré car les producteur du sérail ont essayé de capitaliser sur leur audience web.

Pour que cela change, il faut s'attaquer aux symboles.

Par exemple, qui, à l'heure du tout numérique et des chaines toutes infos, regarde le journal de 20 heures ? Qu'est-ce qui contraint les chaines de télévision à se livrer une bagarre frontale à un horaire bien ciblé alors que les rythmes de vie ont changé ? Le journal de 20 heures est le symbole d'une télévision d'un autre temps. Repenser le journal de 20h en le virant serait assurément un symbole de l'acceptation de la nouvelle ère. La fin de la messe du 20h annoncerait la mort de la notion très figée des première, deuxième et troisième partie de soirée qui ne sont plus adaptées au rythme des téléspectateurs.

Qui, aujourd'hui, dans les chaines de télévision, est capable de prendre le sujet de la consommation télévisuelle autrement que de manière descendante, linéaire ou en répétant des contenus déjà vus et revus ?

TF1 est leader, elle n'est pas incitée au changement. M6 cale son pas sur la première chaine. France Télévisions pourrait oser. Il y a une véritable fenêtre de tir. Pfimlin doit innover, montrer autre chose s'il veut pouvoir se représenter à la Présidence de France Télévisions. Voire mieux, s'il ne veut pas se représenter, il peut prendre le risque et poser les jalons d'une révolution salutaire en adéquation avec la consommation de ces cibles et notamment les plus jeunes.

Les vrais barbares sont à l'intérieur des chaines de télévisions, alors messieurs les barbares, tirez les premiers !

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Emery Doligé

Dans la vie vraie.

Commenter cet article