Dans la vie vraie

par emery doligé

Dans les faits, Nicolas Demorand a été démissionné de Libération

Dans les faits, Nicolas Demorand a été démissionné de Libération

Quand Nicolas Demorand est arrivé à la tête de Libération en mars 2011, il était enthousiaste, il voulait "Réenchanter la gauche". Il prenait en main un journal avec une côte d'amour importante au tout début d'une campagne électorale qui a vu son champion devenir Président de la République. Tout allait bien.

Libération prenait l'eau par le fond. Pas beaucoup d'eau, mais suffisamment pour qu'on ne puisse pas vraiment faire comme d'habitude attendre les subventions pour écoper. Il fallait aller les chercher.

Dans l'article du Monde de ce matin dans lequel il annonce son départ, Nicolas Demorand explique son métier : il n'était pas souvent à la rédaction parce qu'il devait trouver de l'argent pour tenir les équilibres financiers ce qu'il parvint à faire deux années de suite. Certes, il s'agissait de subventions, mais on sait que quand l'Etat donne de l'argent à la presse, cela s'apparente davantage à un don qu'à autre chose. En attendant, les employés de Libération pouvait continuer à travailler.

Mais ce système n'est pas une réponse à la formidable transformation de la relation qu'à le lecteur avec l'information. S'il se grise devant les Une de Libération, il ne consomme plus l'intérieur, comme l'explique Frédéric Montagnon, comme tous les quotidiens, Libération ne sait pas ce qu'il a à vendre. L'arrivée de Buzzfeed en France et son succès immédiat montrent la voie. Bien sûr, il ne faut pas coller au modèle américain car il existe une couleur française à la consommation de l'information... mais le journaliste ne maîtrise plus l'information, il n'a que la possibilité de la présenter avec pertinence et dans un schéma qui oblige à marketer les mots. De plus, à l'image de ce que fait Melty, il est possible d'utiliser des outils prédictifs pour savoir ce que veulent lire les lecteurs. Il y a un changement de paradigme qui s'opère.

Libération a raté cette révolution. Libération s'est éloigné de la technologie, mue par une envie politique d'être un journal engagé, voire un tract contre le patronat comme le montre les Unes contre Bernard Arnault. Les journalistes ont pris le pouvoir là où il aurait fallu se pencher sur les chiffres comme le faisait Nicolas Demorand dans sa quête pour avoir un journal à l'équilibre. L'OJD le confirme chaque année, la baisse de la vente des exemplaires est immuable. En face, le web s'appauvrit.

Dans ce contexte, aujourd'hui, il y a deux options : soit les salariés se saisissent de l'outil et le transforment pour qu'il perdure (avec forcément de nouvelles méthodes de productivité et des licenciements), soit ils restent dans l'état où ils sont en espérant un renouveau divin.

Nicolas Demorand a fait son job pour donner un espoir aux salariés qui devaient se saisir de cette occasion pour transformer Libération. La réponse a été la censure d'un papier de Nicolas Demorand par la rédaction vendredi dernier. Ce fut la goutte de trop qui a montré à quel point les salariés de Libération ont décidé d'une autre voie.

Ils ont démissionné de fait Nicolas Demorand.

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Emery Doligé

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