Dans la vie vraie

par emery doligé

Vous m'avez manqué de Guy Birenbaum

Vous m'avez manqué de Guy Birenbaum

Quand on connait Guy Birenbaum, on sait que son bouquin n'est pas qu'une histoire de déconnexion, c'est davantage une histoire de reconnexion.

Avec ce qui le meut. Ou l'émeut.

Guy le dit, Guy l'écrit : "L’hyperconnexion a joué un rôle dans ma dépression. Branché en permanence sur le Web, j’ai absorbé comme une éponge l’antisémitisme et la violence de l’époque. J’ai payé le prix fort. Un jour, pourtant, « ça » a été mieux. J’écris ce livre pour cette phrase. Pour que la lectrice inconnue, le lecteur perdu au fond de sa nuit, sache que « ça » arrive. On va mieux. Pas « moins mal », mieux. Le moteur redémarre. Il toussote à l’occasion, mais il ronronne à nouveau. Il faut le bon psy, des médicaments, de l’amour, de l’amitié aussi. Mais « ça » repart. Aujourd’hui, j’ai retrouvé le goût des autres, celui des projets, l’envie. Et surtout une juste distance. Je suis le même en différent ; j’espère que je suis un peu meilleur."

Quand il y a quelques semaines, Guy m'a envoyé son livre, j'étais dans l'impatience de lecture. Nous en avions parlé. Avec d'autres, je l'avais encouragé. J'ai lu son récit d'une traite. Avant sa sortie, il voulait savoir ce que tous les prénoms qu'ils citent pensaient de ses mots, de la guérison de ses maux. Il voulait savoir aussi si les phases qui nous concernaient étaient justes. Il était donc soucieux de son entourage.

J'ai rencontré Guy, il y a quelques années. Sur de lui, arrogant, plus fort que tous, impétueux, il se posait comme celui qui donnait la leçon en tout, à tous. Et puis, deux coups (un pro, un perso) l'ont abimé. Mais, même pas mal, il est reparti comme si de rien n'était. Et puis, nous avons travaillé dans le même univers et parfois ensemble, il continuait à être autocentré quand il n'était pas intéressé. Il fallait faire avec, attendre. Attendre que ce que nous étions quelques uns à sentir devienne une réalité. Il fallait attendre qu'il ose devenir le mec bien qu'il est. Quand, passé cinquante ans, il a commencé à arrêter de se bouffer les ongles, je me suis dit que nous étions sur la bonne voie, qu'à un moment il allait lâcher.

Si l'extérieur ne touche pas, c'est l'intérieur qui oblige explique la médecine chinoise. Le corps est associé au temps, nous ne pouvons aller contre et nous en sommes dépendants.

En début d'année dernière, Guy est tombé. Lourdement. Dans le cadre de mes activités professionnelles, j'ai vu la chose. Dans le cadre de ma proximité avec lui, j'ai vécu la chose.

Son livre, "Vous m'avez manqué" révèle par l'angle du web, de l'infobésité, de nos servitudes volontaires et autres excès des réseaux sociaux une histoire française bien plus profonde, bien plus intime, bien plus forte que ce qu'il n'y paraissait. Une histoire qui commence bien avant la révolution digitale et qui concerne chacun d'entre nous. Nous ne sommes pas en mutation du fait des outils technologiques, nous sommes en mutation du fait de la réalité de notre regard sur notre histoire.

Évidemment, je vous recommande la lecture du livre de Guy, il va vous faire du bien.

Vous m'avez manqué de Guy Birenbaum
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Emery Doligé

Dans la vie vraie.

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