Dans la vie vraie

par emery doligé

Elle m'a posé une question...

Elle m'a posé une question...

Audrey, sa chemise entrouverte sur le dos, regarde dans le vide au balcon.

Elle se retourne et me dit :

- J’aurais dû le tuer la première fois. Ou le plaquer contre le mur. Mon bassin contre le sien, mes lèvres sur les siennes, il n’aurait pas pu lutter. Aucun homme ne résiste à ça…
- Tu crois ? Même s'il ne voulait pas ? Comme un viol...
- Tu ne me trouves pas assez attirante ? La chair est faible.
- Ce n'est pas la question. Tu peux être techniquement attirante mais épidermiquement pas attirante. Alors si la peau de ton bellâtre n'est pas compatible avec la tienne... C'est la cata.
- Techniquement, épidermiquement… Mais, c’est pareil ! Si je l’avais plaqué, il aurait été physiologiquement excité et le tour était joué !
- Tu vois c'est où ta jeunesse est encore bercée par les illusions des contes de fées. En vieillissant, tu laisseras ta part reptilienne vivre. Tu comprendras sans doute que les peaux sont ce qu'il y a de plus profond en nous et qu'elles peuvent se repousser.
- Quel ennui… Je comprends ce que tu veux dire mais le grand frisson, le désir existe. Et l’animalité, qu’en fais-tu ? Pour le corps à corps compatible ou non, j’aurais aimé en juger sur la base d’éléments concrets.
- Rep-ti-lien. L'animalité est là. Mais l'animalité souffre des odeurs, des épidermes, des saveurs, des fluides... On ne change pas les rayures du zèbre. Il y a des goûts qui plaisent et d'autres pas du tout.
- On ne sait tout cela qu’après y avoir goûté. Je n’ai pas pu le goûter et lui non plus. Je suis restée devant lui, telle une gourde devant une vitrine pleine de chocolats et je ne suis pas rentrée… Si je l’avais plaqué contre le mur, il aurait peut-être (ou sûrement) eu une érection de dingue et là… Franchement, sois honnête ! Tu parles avec le flegme d’un bonze thaï !
- Je comprends que tu te rassures surtout ! Imagine qu'il soit homo. Imagine que ton parfum le repousse. Imagine qu'il considère par dessus tout son amour pour autrui. Tu vois il y a tellement d'option qu'on ne sait jamais... C'est ce qui fait aussi toute la beauté du geste.
- Oui, évidemment. Homosexuel, c’est une possibilité. Tant de mecs hyper sexy le sont. Mais laisse-moi fantasmer un peu, veux-tu ?

Audrey a enfilé un jeans et une paire de baskets. Mâchoire serrée, elle levait ses yeux de braise de temps à autre sur moi. A n’en pas douter, j’avais attisé son tempérament de feu. Je la sentais prête à mordre.

NDLR : "Elle m'a posé une question" est une chronique - devenue irrégulière - écrite à 80% par des invités restant anonymes. Cette chronique existe depuis 2010 sur Choses vues. Le principe est immuable : une conversation libre entre une femme de vingt ans et un homme de quarante. Si vous avez envie d'écrire : emery(a)noos.fr

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Emery Doligé

Dans la vie vraie.

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