Dans la vie vraie

par emery doligé

Elle m'a posé une question...

Elle m'a posé une question...

Allongée sur le sofa, Audrey touille son café absorbée par une reproduction du baiser de Klimt trônant sur le mur d’en face. Comme si elle devinait ma présence, sans même se retourner, elle me lance :

- Tu connais la différence qu’il y a entre « baiser » et « baiser » ?
- Oui. Et toi ?


Elle se tourne alors, les yeux brillants, un sourire énigmatique aux lèvres.
- Tu te souviens de ce gars avec qui je communiquais de manière sporadique via internet ?
- Celui qui est réputé pour aligner les conquêtes ?
- Je sais, tu m’as mise en garde, mais j’ai cédé à mes envies. Je l’ai vu. A deux reprises déjà. Je ne t’ai rien dit exprès, j’aime juger par moi-même. La première fois c’était purement amical. A cette occasion, j’ai perdu un pari stupide : j’ai dû lui envoyer une photo de moi par jour. J’avais le loisir d’arrêter à tout moment, mais je me suis laissée prendre au jeu. Je l’ai clairement allumé. Nos échanges ont pris une toute autre tournure, on a commencé à évoquer nos fantasmes, c’était hot parfois. Du coup, on a organisé la deuxième rencontre dans un club libertin.
- Laisse-moi deviner, vous avez baisé ensemble et tu te demandes si t’as pas fait une connerie ?
- Rien de tout ça. Nos derniers échanges étaient pourtant sans équivoque... « je vais glisser ma tête entre tes jambes », « je vais te prendre dans ma bouche, je te sentirai gonfler sur ma langue »...
- Et ?
- Au début, nous nous sommes contentés de regarder les ébats des autres couples pendant un moment. Un gars léchait consciencieusement une femme abandonnée à la vue de tout le monde, les corps se cherchaient et des gémissements jaillissaient partout autour de nous. Il m’a prise par la main, totalement excité puis nous sommes montés dans une niche. Un couple a rejoint très vite la pièce voisine nous offrant un spectacle tout droit sorti des films pornos. On les voyait sur un miroir perché au mur. Pendant ce temps, isolés, nous nous découvrions enfin… Comme il a dit, il a niché sa tête entre mes jambes et je l’ai effectivement senti gonfler sur ma langue. C’était torride. On s’est couverts de baisers. Mais on n’a pas baisé... Entre nous, ça a été comme deux danseurs de tango qui évoluent sur une piste. C’était un moment surprenant, surréaliste, chargé d’intensité, de tendresse et de sensualité. On se tenait les mains, et tandis que je le chevauchais, nous avons assouvi notre envie l’un de l’autre au même moment, en chuchotant nos prénoms au même moment, les yeux dans les yeux, comme lorsqu’il est entré en moi. C’était explosif.
- Audrey, je sais ce que tu penses…
- Non, je ne pense pas. Pas cette fois.

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Emery Doligé

Dans la vie vraie.

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