Dans la vie vraie

par emery doligé

Il en faut peu...

Il en faut peu...

William Réjault a écrit un nouveau livre. Son huitième ou neuvième, je ne sais plus. Il est paru avant l'été. Sous le titre "il en faut peu". Derrière ce titre très Baloo-esque*, il nous livre ses recettes de mieux vivre. Raconté ainsi, on est en droit de se demander "de quel droit il écrit ça", "pour quoi il écrit ça" voire même un "pour qui se prend-t-il à vouloir donner des leçons ?".
Bien sûr William Réjault est plus fin que cela, il utilise une bonne vieille recette marketing pour nous raconter sa trajectoire de vie peu commune d'homo de province monté du Sud Ouest pour conquérir Paris et tomber dans un désenchantement enchanté.

Voilà. J'ai tout dit.
Enfin, non.

Quand je reçois un livre d'un service presse - j'en reçois beaucoup, j'aime bien - je les classe par mot de l'auteur que je connais, puis mot de l'éditeur que je connais, puis auteur inconnu, puis auteur connu, puis le reste en vrac. Et je les lis en les intercalant avec ceux que j'ai acheté. Celui de William avait tous les points gagnants pour que je le lise vite sauf que je l'ai reçu avant d'avoir eu le temps de l'acheter. Il m'a fallu un après midi pour le lire. Pas plus.

William Réjault, je le connais depuis mes années blogs. Nous sommes de la promo :2004, les historiques. Il s'appelait Ron à l'époque. Il courait dans son silo de mec qui se raconte, je courais dans le mien de mec qui (se la) raconte. Parfois, nous déjeunions. Il me disait que j'étais son genre, je lui répondais que j'étais ravi d'être content mais que je prenais juste le compliment et un dessert pour finir le repas. Nous avons écrit pour feu Le Post. À chaque fois que le rédacteur en chef me publiait avant lui en tête de gondole, William lui hurlait dessus en disant que la star c'était lui et pas moi. Na. En douce, avec le rédacteur en chef nous en rions. Bien des années après, lors d'une exposition Miles Davis, il m'exprima, comme une demande de pardon, cette jalousie dont il souffrait à mon égard et qu'il combattait. Pourtant y'avait pas de quoi, chacun dans son silo vous dis-je. Et cela lui est passé. Ouf !
Nous avons repris des relations normales progressivement. Je n'avais pas changé de mon côté, j'attendais. Et puis un matin, au Flore, il m'a interviewé pour un bouquin qu'il écrivait sur un jeune entrepreneur que j'avais un peu aidé l'air de rien. Là, j'ai vu le William prometteur de 2004. Plus au calme, moins dans la petite phrase, plus dans le temps long, moins dans l'agitation, plus dans la conviction, moins dans la quête égotique.

Par des connaissances communes, j'avais suivi à distance ses frasques chez Universal, Zazie, Laurence Ferrari, Canal Plus ou encore chez Danone. Au nombre de ses excès, il y avait son côté midinette, comme une forme d'hystérisation de sa vie. C'est dommage qu'il ait gommé cela dans son livre parce que cela explique bien son changement de fond. Tout le travail accompli sur nos excès de sur-médiatisation. Il m'a dit qu'il lui en restait un peu sur l'ouvrage, c'est un bon marqueur d'évolution.
En somme, au-delà du militantisme, il était fan de l'espérance qu'il avait dans sa vie rêvée. Avec son livre "Il en faut peu", il recherche plus le calme que le tumulte, il partage ses chemins. Il est plus dans l'acquisition d'une humanité sincère que dans les sirènes du consumérisme pailleté. Il tente de prendre date avec son ambition : devenir ami avec lui même.

Maintenant, "Il en faut peu" est un livre, il a donc une part de vérité, une part de la réalité d'autrui reprise à son compte et une part de fiction. Le principe est de nous emmener sur un chemin de réflexion pour nous aussi - si besoin - devenir ami avec nous mêmes. Il réussit cet exercice sans emphase et rien que pour ça qu'il en soit remercié et lu.

* Vidéo de Baloo :

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Emery Doligé

Dans la vie vraie.

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