Dans la vie vraie

par emery doligé

Connaissez-vous le Self Personal Bashing ?

Cet article est reposté depuis La toile de David Abiker.

Connaissez-vous le Self Personal Bashing ?

Je profite d’un voyage complètement raté aux Etats-Unis pour rencontrer Marshall Dempsey à Atlanta. Marshall Dempsey est l’auteur d’un livre qui va faire causer chez nous dès qu’il aura trouvé un traducteur : « Self Personal Bashing », littéralement La stratégie de l’auto-démolition. Dempsey, professeur à l’Université d’Atlanta a théorisé ce qui pourrait bien supplanter ce que nous appelons chez nous le Personal Branding. « Vous connaissez très bien le Personal Branding eh bien le Self PersonalBashing sera sans nul doute la tendance qui suivra et fera l’inverse » m'explique-t-il sur un ton assez méprisant devant un café que j'ai été obligé de lui offrir.

C'est explique-t-il une destruction méthodique et symbolique du moi et de l’ego dans la prise de parole digitale publique. « J’ai constaté en étudiant des centaines de profils Facebook, de tweets et de photos sur Instagram que de plus en plus de gens renoncent délibérément à se mettre en valeur et préfèrent l’auto-dénigrement numérique à la survalorisation de leur existence quitte à mentir. Et il ne s’agit pas des no life ou des personnes dépressives et encore moins des fans du site français VDM (Viedemerde.com) ».

Le mouvement embryonnaire qu’a étudié Dempsey est à la foi symptomatique des frustrations et de l’impasse liée à l’individualisme de la société contemporaine et des réserves vis-à-vis des grandes idéologies collectives comme le communisme et le socialisme. « L’individu perdu entre l’égotisation stupide des réseaux sociaux et les boniments des altermondialistes, cherche une voie médiane en massacrant sa propre image et en piétinant les codes habituels de la réussite libérale. Il choisit une forme de misérabilisme exacerbé ».

Autrement dit la fatigue d’être soi conduirait au Self Personal Bashing dont les adeptes expliquent en substance que leur identité numérique ne vaut pas grand chose. « C’est une façon pour les individus de casser l’injonction de réussite dictée par les médias tout en acceptant de façon subversive l’idéologie pessimiste que ces mêmes médias véhiculent ».

Dempsey estime ainsi que sur ce sujet la France est en pointe. « Vous autres Français avez atteint une véritable maîtrise dans l’art de vous projeter plus bas que terre. Vos internautes photographient leurs pieds, vos politiques baissent leur rémunération, passent leur temps à dire qu’ils vivent comme tout le monde, ne prennent aucun congé et se nourrissent de racines. Toucher le fond est devenu un art chez vous mais aussi une défense. Vous auto-dénigrer est une manière d’anticiper ce que la crise est en train de faire de vous. Voilà pourquoi les meilleurs déclinistes sont français ».

Dempsey a donc analysé et décrypté des centaines de milliers de messages sur Twitter et de statut sur Facebook. « Je sens mauvais » « J’ai raté mon diaporama » « Je suis intervenu devant un public qui m’a sifflé » « Ma femme m’a quitté pour un homme plus laid encore » "J'ai peur de perdre mon emploi car je ne suis pas un haut potentiel" "J'ai raté mon PACS" etc. Il a noté l’émergence d’un défaitisme assumé et néanmoins mis en scène notamment sur Instagram.

« Les gens ont commencé par photographier leurs pieds autrement dit la plus inférieure des parties du corps. Mais désormais ils vont plus loin. Ils photographient leurs défauts anatomiques, leurs maladies de peau, leurs aisselles poilues et ruisselantes ou tout simplement le dénuement dans lequel ils vivent ou veulent faire croire qu’ils vivent. Le succès français des T-shirt Chômeur montre combien votre pays a saisi un phénomène qui va prendre une ampleur mondiale ».

Marshall Dempsey n’était pas programmé pour faire la découverte du Self-Personal-Bashing, au contraire. Etudes brillantes, doctorat en sociologie à Columbia, issu d’une riche famille WASP, il s’est passionné pour la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux il y a 15 ans et reste abasourdi par ce qu’il découvre aujourd’hui.

Les répercutions sur le métier de Community Manager sont très nombreuses prophétise-t-il : "C'est la fin du client pénible, du client roi, du type qui se prend pour un as du marketing. Fini les messages arrogants sur les réseaux, les clients insatisfaits vont bientôt s'excuser de déranger les marques et s'abstiendront de toute réclamation trop virulente".

« La vantardise sur Twitter et ailleurs c'est fini. Très vite, la toile sera envahie de photos et de messages provenant de gens laids (oui qui se feront passer pour), sans talent, sans argent, sans projet et surtout sans avenir. Idem pour les photos de vacances. Au lieu de se vanter d'être partis au bout du monde, les voilà qui enverront des photos d'eux dans des parkings ou dans des carrières de ciments ou des WC ».

Et comme pour mieux se faire comprendre, Marshall Dempsey me propose d’illustrer son propos en prenant une photo de moi devant la déchetterie qui jouxte les locaux du laboratoire de recherche digitale qu’il dirige à Atlanta. Voilà le résultat.

Le Self-Personal-Bashing en image, en quelque sorte, une expérience à faire.

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Emery Doligé

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