Dans la vie vraie

par emery doligé

Argent, public... de quoi la chute du Grand Journal est-elle le symbole ?

Argent, public... de quoi la chute du Grand Journal est-elle le symbole ?

Samedi matin 9h, les audiences télé de la veille tombent. C'est sans appel pour le Grand Journal de Canal Plus présenté par Maïtena Biraben. En trois semaines, Le Grand Journal a divisé par deux son audience de 915 000 à 457 000 téléspectateurs. En terme de part de marché, l'émission symbole de la chaîne cryptée décroche à moins de 3%, un échec.

Mais voilà, une petite musique est en train d'être répandue par les équipes en charge de défendre le Grand Journal : Vincent Bolloré a dit qu'il avait l'argent pour faire tenir cette émission. Il a d'ailleurs démontré qu'il avait l'argent de son ambition en allouant à Cyril Hanouna la somme de 250 000 000 d'euros sur cinq ans risquant, par la même occasion de faire renaître la mauvaise période des animateurs producteurs. Du coté du Grand Journal, le message qui est fuité est que l'émission présentée par Maïtena Biraben sera là au moins jusqu'en décembre.

Tout cela pose la question de l'argent contre le public.

En ces temps où l'on est sensible aux gâchis comme les excédents alimentaires, aux arnaques comme Volkswagen ou encore aux mensonges de nos politiques comme Cahuzac et compagnie, la posture que l'on prête à Vincent Bolloré est étonnante pour un homme qui a la réputation en Bretagne d'être plutôt proche de la réalité de la vie des gens que des excès et autres inépties parisiens.

Dans le Service Public, Sophia Aram, en dessous des 500 000 téléspectateurs, avait dû après une campagne de dénigrement non orchestrée, arrêter son émission. Là, l'émission était payée par les impôts du public. Le public n'était pas content.

Avec le Grand Journal, c'est différent. Il s'agit de l'argent des abonnés et de la publicité.

Quelle solution pour le Grand Journal ? Il y a deux éléments à prendre en compte pour y réfléchir.

Les anciens producteurs expliquent que lorsqu'il avait fallu choisir entre Antoine de Caunes et Maïtena Biraben, ils avaient demandé à Carat, une agence de communication, qui des deux incarnaient le mieux la chaîne. Sans appel, de Caunes était le plus proche de l'ADN de la marque et des attentes du public. L'image de Maïtena Biraben n'avait rien de haut de gamme et trop marquée par le matin voire le calme d'un dimanche midi. Elle ne pouvait pas coller avec le show de l'access prime time. Aujourd'hui, la chose se vérifie. Et d'autant plus depuis sa tentative jeudi dernier d'aller dans le sens des mots du Front National par deux fois. La droite y va, pourquoi pas une animatrice de télévision en mal d'audience ? Le souci est que le Front National est le seul parti à avoir défendu l'animatrice le lendemain. Cela souligne d'autant plus le dérapage.

L'autre élément est la fierté de l'abonné. Même si on entend des chiffres hallucinants sur la perte d'abonnés depuis début 2015 (le Figaro de samedi dernier rapportait que pour le seul dernier semestre 117 000 abonnés avait rendu leur abonnement), il faut reconnaître que l'abonné aimait à dire son plaisir de payer pour une chaîne qui diffusait l'émission phare des années 2000. Nous sommes en 2015, et les services comme Netflix délivrent des films et des séries, Youporn du porno à la demande, BeIN du sport, etc... Le symbole d'une émission phare est d'autant plus important pour que l'abonné reste abonné. S'il n'y a plus d'émission à laquelle se raccrocher, cela va être compliqué pour Canal Plus sauf à assumer un 100% crypté à la HBO.

Dans une note de juillet, j'expliquais que ce qui avait causé, en partie, le départ de Rodolphe Belmer avait été notamment son incapacité à tuer la vache sacrée : Le Grand Journal. Bien sûr, Vincent Bolloré ne risque rien sauf d'employer beaucoup d'argent pour maintenir Le Grand Journal dans un premier temps puis de courir récupérer les abonnés* partis une fois que le Grand Journal aura été supprimé en décembre ou avant.

En somme, l'esprit Canal est mort. Il est enterré avec cette nouvelle forme du Grand Journal. Pour s'en convaincre, il suffit de constater le glissement sémantique de Canal Plus rapporté par les Inrocks cette semaine. Dans un papier, il est raconté que lors de l'audition des nouveaux auteurs pour les Guignols, il leur avait été dit qu'ils devaient se rapprocher des gens grâce à la culture et à la musique. Le bashing comme ce qui oppose les gens les uns aux autres sont proscrits. C'est la mort du "point contre point" cher à De Greef. Cette idée est l'exact positionnement de Vivendi. La fin d'une époque pour Canal+. Le commencement d'une autre et avec celle-ci, c'est un peu de nous qui disparaît.

*Si vous êtes abonné, appelez les et dites que vous voulez vous désabonner, ils feront tout pour vous garder. Vous vivrez votre premier geste de relation client...
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Emery Doligé

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