Dans la vie vraie

par emery doligé

Savoir rester à sa place

Savoir rester à sa place

Samedi, sur Facebook, je débattais avec l'ami Gilles Babinet du coté "Montebourg" de sa tribune pétitionnaire dans le Huffington en creux et, en plein, de son allégeance aux politiques. Alors qu'il admettait qu'il avait besoin des politiques pour exister, je me posais la question de savoir "qu'est-ce que rester à sa place ?".

Rester à sa place est une chose difficile, précisément dans la société de l'information où chacun a la possibilité de vivre plusieurs vies simultanément, où chacun peut se construire un royaume virtuel dans lequel il est roi, quelle que soit la réalité de sa place dans la société "réelle", et donc son apport à la vie des communautés "réelles", que sont la famille, les amis, la société, le pays.

Les pourfendeurs de la République sont autant ceux qui trahissent ses institutions et ses règles (Guérini, Cahuzac, Guéant sans doute...) que ceux qui se mettent au dessus de ses institutions et de ses règles. Ainsi sur les plateaux de télé on peut voir parfois un entrepreneur qui ne représente que lui même faire une leçon de représentativité à un élu du peuple. Je pense pour ma part qu'un élu du peuple est mieux placé pour parler représentativité qu'un entrepreneur, qu'un entrepreneur est mieux placé pour parler entreprise qu'un politique (les Pigeons l'ont démontré), qu'un industriel est mieux placé qu'un ministre pour parler industrie (Gallois vs Montebourg). Il faut faire attention à ces excès d'arrogance que l'on constate tous les jours, arrogance un peu ridicule de celui qui n'a pas l'intelligence de sa place.

Dans le cas de Gilles et sa tribune sur la République 6.0 (la même addiction que Montebourg donc...), que propose t-il ? Quelle est la "consistance" comme disent les Américains ? La tribune manque de perspective. Elle prend ce qui passe et fait fi de toute continuité intellectuelle, fi de tout engagement. Cela ressemble à une posture de communication plus que de fond. Comme Hessel et son "Indignez-vous". Quand on relit la tribune on se dit que le problème de la France ce ne sont pas ses institutions mais plutôt son inculture. Economique, on le sait. Mais aussi historique : une connaissance primaire de l'histoire empêcherait d'écrire des phrases comme "c'est à l'ensemble des citoyens que doit être confiée l'écriture de notre loi fondamentale". Comme si les citoyens en étaient capables. La dimension poujadiste n'est pas loin. La grande naïveté de se croire l'égal des plus sachants est parfois touchante. Oui, désolé, je ne sais pas être démagogue ou poujadiste. En l'espèce on parle de loi fondamentale... ce n'est pas aussi simple que liker pour faire plaisir ou faire parti de quatre-vingts pétitionnaires... cela demande des connaissances nombreuses et complexes afin de ne pas agir dans le n'importe quoi, dans la précipitation, dans la durée du numérique.

La question qui se pose enfin est : est-ce qu'un citoyen, fut-il Digital Champion comme Gilles (d'ailleurs pour devenir champion ne faut-il pas gagner un championnat plutôt que d'être nommé par un ministre ?), peut prendre la parole sur tout et n'importe quoi ? La réponse est oui, mais en son nom. Avec des "moi, je". Pas en mode, "les français" ou "ma corporation pense que". C'est très compliqué de rester à sa place d'être humble quand on se croit animé par une volonté d'être le porte parole d'une res publica, alors qu'on n'est que son serviteur (sens ancien). C'est une habitude terrible de parler pour autre chose que soi même ou pour autre chose que ce pourquoi on est mandaté. Rester à sa place s'oppose à l'ego. Nous sommes tous en proie à ce besoin de reconnaissance.

Mais voilà, dans le cas des nommés par une personne publique, il y a un critère aggravant. Il faut comprendre qu'être nommé oblige et contraint. Dès que vous sortez de cette position vous passez fatalement pour un pantin ou un opportuniste. Et vous vous consumez beaucoup plus vite.

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