Dans la vie vraie

par emery doligé

Comment sommes nous devenus autant influençables ?

Comment sommes nous devenus autant influençables ?

Zemmour, Dieudonné, Melenchon, le mariage pour tous, les retraites chapeaux, les déclarations de revenus, la transparence... Et tellement d'autres faits nous ont rendus encore plus dépendants d'eux mêmes.

Ils sont devenus nos échanges, notre plus petit commun multiple français. Ils ont été amplifiés par nos discussions et nos avis, comme si nous avions une influence. Ils ne sont que porteurs de troubles et d'échange radicaux.

On aurait pu penser que c'était de la faute des médias et des méchants journalistes qui pour sauver leur support faisaient du buzz ou du sensationnel pour aller chercher de l'abonné par le conflit... et même si finalement toutes les informations finissaient par faire pschittt comme ces nombreuses mises en examen. Oui, on pourrait croire que nous n'étions que la victime d'un complot ourdit par les puissants pour nous occuper en nous donnant l'illusion de liberté. Mais en fait, la cause n'est pas le media qui ne fait que son boulot en fonction de sa cible primaire.

La cause est en nous.

Les plus scientifiques d'entre nous rappelleront l'existence de notre complexe amygdalien. Au milieu de notre cerveau, il y a une zone nommée ainsi. Ce complexe est un détecteur de danger, il nous permet de nous focaliser sur la peur (bien utile en période de guerre, de chasse à l'homme, etc...). Si on étend ce complexe à notre être aujourd'hui, il est facile de comprendre que quelque chose de négatif comme une mauvaise nouvelle aura plus d’impact sur notre réactivité qu’un fait positif. Nous serons plus attentif, plus fidèle à l'émetteur. Comme l'écrit Michel Levy-Provençal dans une de ses notes : "L’amygdale encourage les médias, dont le seul critère de performance est l’attention, à se concentrer sur les mauvaises nouvelles.". Sachant cela, tout notre enjeu réside en notre capacité à nous soustraire de notre réflexe primaire et de travailler nos ondes positives.


Il y a aussi une raison technologique à notre influencabilité. Ce n'est pas faire mystère ni grand cas que de poser comme évidence que les nouvelles technologies ont permis le rapprochement des êtres et l'amplification des réactions. Nous sommes mécaniquement passés du media à l'hypermédia. Et comme tout phénomène amplificateur, il a besoin d'être alimenté. Comme pour tous médias, il ne se développe que par des serviteurs. Les animateurs d'émission de télévision en sont les papes quand à l'autre bout de la chaîne médiatique, il y a le twittos en quête de followers et/ou de reconnaissance. S'il n'y a qu'un Drucker qui ne fait que passer des plats, il y a des millions d'utilisateurs des réseaux sociaux qui désespèrent d'avoir leur quinze secondes de gloire par jour (...toute la modernité de la thèse d'Andy Warhol). Nous sommes donc dans l'effervescence de ce que nous pourrions dire sur tel ou tel sujet en recherchant l'approche la plus singulière possible pour se démarquer au maximum. C'est ainsi que nous alimentons la technologie qui voyant notre gourmandise invente toujours plus de moyens pour la satisfaire. Ne jamais oublier que "la Dictature, c'est ferme ta gueule, la Démocratie, c'est cause toujours". Et pour nous occuper, il faut nous faire parler en nous donnant le plus d'outils pour.


La troisième raison est sociologique. Depuis la naissance de la télévision, notre rapport au politique a changé. Les politiciens doivent cocher les cases. Roosevelt n'aurait jamais été élu si les américains avaient su qu'il était en chaise roulante. De même que les lunettes devaient être proscrites de la télévision dans les années 80 (trop intello), la cravate était obligatoire pour tous ceux qui voulaient avoir l'air responsable. Dans les années 2000, ce fut l'émergence de la pipolisation. En France, c'est dans l'émission Vivement Dimanche que survint à l'été 2007 le premier temps fort de la pipolisation : après une question de l'animateur sur la rumeur publique faisant état de la liaison entre Valerie Trierweiler et Francois Hollande, Ségolène Royal a répondu : "C'est très douloureux de découvrir que l'on est une femme trompée, beaucoup de femmes qui regardent votre émission me comprendront".

Avec l'avènement de l'extimité du fait des réseaux sociaux, le politique français a dû apprendre une nouvelle figure de réthorique : le grand écart. Non seulement il doit représenter l'homme charismatique leader capable de faire gagner le pays dans le monde tout en demeurant local, mais aussi, dans le même mouvement, il doit savoir être proche voir amical avec tous. C'est cette dualité qui a pu nous faire vivre de grands moments d'ineptie collective comme l'affaire Leonarda où un Président croyant faire la synthèse des options s'est ridiculisé. La détérioration de l'image du politique sauveur passe par cette obligation de faire ce grand écart. Mais en avons nous besoin ? Qu'avons nous à faire qu'un Homme élu pour conduire notre destin soit notre copain ? S'il fait ce pourquoi il a été élu cela sera déjà pas mal. Pourquoi avons nous besoin de le sentir proche de nous ? N'y a-t-il pas un lien freudien stérile qui nous lie au politique ? Si nous étions enfant, cela expliquerait les transferts, mais en adultie, faut-il poursuivre cette quête éperdue de retrouver "Papa" ou "Maman" en ceux qui ont un pouvoir ?

Là encore nous nous soumettons à une posture de réaction et de faiblesse par rapport au fait. Nous nous indignons en réaction sans nous demander par quel biais avons-nous lâcher notre prise de conscience autonome des choses, par quel tour de passe-passe avons-nous perdu notre bon sens ?

Alors si nous nous croyons influenceurs, c'est que nous sommes bien naïfs et que l'effet de nous donner des outils pour gazouiller fonctionne en plein. En fait, nous ne sommes que des influencés qui relayons docilement des idées et des faits qui ne sont pas nôtres. Même ceux qui se croient plus intelligents que les autres voire avant gardistes sont tout autant influencés sauf qu'ils tentent de compenser leur servilité en influençant à leur tour leur communauté.


Ainsi, si nous apprenons à nous décoloniser de nous-même, arriverons nous peut-être à ne plus vouloir coloniser notre voisin ?


Quoique.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 1

À propos

Emery Doligé

Dans la vie vraie.

Commenter cet article