Dans la vie vraie

par emery doligé

Le nouveau site de l'Elysée de François Hollande : L'analyse (part 1)

Le nouveau site de l'Elysée de François Hollande : L'analyse (part 1)

Après une communication hasardeuse et des nominations douteuses, je m'attache en trois notes au décryptage de la refonte du site de l'Elysée par les équipes de François Hollande.

La première note va se restreindre à analyser le site, les deux autres notes seront consacrées à son prix et à ce que cela véhicule comme message sur le digital sous l'ère Hollande.

Les points positifs de la refonte du nouveau site de l'Elysée sous Hollande tout d'abord :

Ceux qui ont été en charge de la refonte ont conservé les logos et polices choisies et dessinées par l’équipe Sarkozy, le logo de la Présidence, faisceau de licteur revu et modernisé par l’équipe de Nicolas Princen. La charte graphique de tous les panneaux et de tous les pupitres utilisés par le Président Hollande ont été dessinés par l’équipe Internet précédente, qui avait fait une refonte profonde de l’identité visuelle de la Présidence en 2010, et rafraîchi l’identité visuelle de l’institution.

On ne trouve plus les couleurs du drapeau français mais une évocation indirecte, avec des rouges et des bleus plus sombres. C’est plutôt réussi, mais un peu plat. L’évocation du lieu, le Palais de l’Elysée, disparaît au profit d’une charte graphique plus neutre, moins incarnée, à l’instar de celle d’un pure player d’information.

Ils ont repris les pages institutionnelles écrites et illustrées par l’équipe de Nicolas Sarkozy, et la description des institutions liées. Un gros travail avait été fait en 2009, avec un comité scientifique et un travail de recherche mené avec les Archives nationales, pour créer et enrichir ses pages très prisées des professeurs et des élèves de classe primaire et de collège.

Ils gardent un certain nombre de formats : « la Semaine du Président ». Tant mieux, ce sont des contenus synthétique et bien foutus, et mieux vaut ne pas changer un format qui marche.

Plus généralement, ils gardent le positionnement « média » d’un site en temps réel, connecté aux réseaux sociaux (dont les socialistes ont gardé les pages Facebook et Twitter créées par l’équipe Sarkozy – qui avait déjà bien fait le boulot dans le domaine) et construit comme un site d’info.

Comme l’équipe précédente, ils font un lancement en insistant sur le « Made in France ». C’est, évidemment, une excellente chose. L’Elysée de Hollande met en avant l’agence Textuel la Mine (agence print plus que digital mais faisant partie du groupe TBWA qui a participé à la campagne présidentielle d'un certain Hollande...), quand l’équipe de Nicolas Sarkozy avait choisi « Soleil Noir », l’agence française à avoir gagné le plus de « Favorite Website Awards » dans le monde (consécration internationale dans le monde du web design). L’équipe de Hollande insiste sur le choix du Français Dailymotion pour héberger les vidéos (c’est bien mais rien d’original en cela, l’Elysée a depuis longtemps sa chaine sur Dailymotion avec des opérations exclusives et sous Sarkozy l’ensemble des sites gouvernementaux avait choisi Dailymotion) quand l’équipe de Nicolas Sarkozy avait, outre Dailymotion, misé sur le moteur de recherche français Exalead pour son moteur de recherche interne (l’équipe Hollande a du choisir un moteur open source ou - qui sait – Google – ça ne manquerait pas de sel !), et surtout sur un ensemble de start-ups françaises pour construire ses applications tierses (iPhone, applications Facebook etc…). C’est peut-être là que la continuité manque : l’équipe de Sarkozy voulait inscrire son travail dans l’écosystème des start-up innovantes, en testant des petites boîtes sur des opérations temporaires ou des petites applications, et servir de rampe de lancement à des technos nouvelles. L’équipe Hollande semble vouloir internaliser un maximum de compétences, et ne faire d’appel extérieur qu’aux compagnons de route du Parti Socialiste comme le camarade Versac – Nicolas Vanbremeersch – qui est intervenu dans cette affaire pour donner un coup de main expérimenté et expert aux plus juniors Romain Pigenel et Frédéric Giudicelli (dont j'ai déjà parlé...).

Le marketing du Made in France : rien de nouveau là-dedans (comme l’explique très bien Slate.fr ce matin), mais on ne peut s’en plaindre. L’équipe de François Hollande voudrait faire oublier que Sarkozy avait fait ce choix patriote dès 2010, en insistant notamment sur la prétendue ressemblance d’Elysée.fr avec le site de la Maison Blanche. C’est rigolo de lire cela, quand on sait que les socialistes n’ont cessé de se réclamer d’Obama en 2012, allant jusqu’à faire campagne avec des outils Made in America achetés à l’agence de Barack Obama au détriment de technologies françaises, quand dans le même temps l’équipe de campagne de Sarkozy faisait du 100% français avec des développements faits en province ! Le Made in France est donc un pari nouveau pour les socialistes au pouvoir. Réveil tardif mais réveil quand même : on ne s’en plaindra pas, mais là encore continuité vaut mieux que changement. L’équipe de Hollande rentre dans le rang et fait le pari nécessaire et souhaitable du Made in France.

Du coté des points négatifs de la refonte du nouveau site de l'Elysée sous Hollande :

Il y a la disparition des archives de la Présidence de la République, créditant l’idée que l’équipe de François Hollande a voulu faire le site de Hollande plutôt que le site de la Présidence de la République et du chef de l’Etat. Le site nouveau devrait s’appeler « Elysée2012-2017.fr » pour justifier l’ellipse des années passées. L’anti-sarkozysme est encore là, et encore une fois il est un peu bas de plafond. Une telle absence doit choquer – d’autant que le site des archives était encore disponible il y a quelques jours. Après tout ce n’est qu’un lien, et il est impossible d’imaginer que les archives de l’Elysée seront longtemps écartées du nouveau site.

Il y a aussi la disparition de la visite virtuelle de l’Elysée, qui était un grand vecteur d’audience et qui répondait surtout à une forte demande de la communauté éducative. La nouvelle équipe semble peut se soucier de son audience, et surtout peu la connaître. Pigenel et Giudicelli semblent avoir tout miser sur la séduction des journalistes (accréditations en ligne : waouh ! espace presse survalorisé, chronologie détaillée pour les aider dans leur planning). Au contraire, le travail de l’équipe précédente avait commencé avec une étude approfondie de l’audience et de la demande des internautes, avec questionnaire à l’appui, études d’audience et de conso, et dialogue soutenu avec le ministère de l’éducation nationale.

Le pari du fil rouge et de la chronologie. Inutilité de la frise chronologique, quand on sait que l’agenda d’un président ne se détermine pas une ou deux semaines à l’avance : toute la partie future – au delà d’un ou deux jours dans le futur - paraît superflue, ou uniquement destinée aux journalistes qui ont besoin de cette visibilité pour s’organiser. De manière générale, le site semble avoir été pensé pour les journalistes plus que pour les Français, Pigenel et Giudicelli renouvelant en ça leur stratégie de campagne adressée aux influenceurs plutôt qu’aux citoyens. Dommage.

De même, il y a eu une curieuse décision que d’annoncer la fin des applications de l’Elysée sur iPhone et iPad, en expliquant que grâce à la technologie responsive design (bien connue des professionnels d’internet), il n’y aurait plus besoin d’applications puisque le site internet s’adapterait automatiquement au mobile et aux tablettes. C’est un peu se moquer de l’ignorance de l’internaute moyen que de dire cela, quand on sait que les applications responsive design ne produisent pas de bonne expérience de navigation sur mobile et tablette, et surtout que tous les pros du secteur ont fait un choix clair pour les applications natives... Un exemple : Mark Zuckerberg le premier a revendiqué l’utilisation des langages natifs sur mobile pour proposer aux internautes la meilleure expérience possible sur chaque outil...

Et puis il y a une incongruité, qui n’est pas liée à l’équipe Internet elle-même, mais à nos institutions : l’espace dédié à Valérie Trierweiller, sous son nom propre, et qui ne répond ainsi à aucun statut officiel. Le site de l’Elysée fait donc cet écart d’accorder un espace public à une personne privée qui se maintient volontairement à l’écart des institutions représentées en se disant « première journaliste de France », et que la presse internationale a surnommé « first girlfriend ». Comment, dès lors, interpréter cet espace personnel de Valérie Trierweiller sur le site institutionnel de la Présidence de la République ? Comment interpréter surtout le fait que la présence de Valérie Trierweiller ait entrainé une disparition de la section « Première Dame », qui jusqu’ici proposait une biographie et des photos des anciennes Premières dames (d’Yvonne de Gaulle à Carla Bruni-Sarkozy), ainsi qu’une explication de l’évolution du rôle de la Première Dame. Valérie Trierweiller peut s’offrir un espace à sa gloire sur le site d’une institution à laquelle elle ne semble pas vouloir se conformer, mais était-elle pour autant obligée d’effacer celles qui, la précédant au côté du chef de l’Etat, ont respecté la tradition de la Première Dame? On se souviendra de la présence discrète de Carla sur le site de la Présidence, avec une biographie pour le moins modeste au vue de son parcours, et un alignement sur les précédentes premières dames. Carla Bruni-Sarkozy avait choisi de lancer son propre site pour parler de ses activités publiques et privées (et notamment sa fondation). Ici c’est le mélange des genres total, avec une section qui flotte et dont on ne sait pas bien ce qu’elle fait là.

Prochaine note dans quelques heures : Le nouveau site de l'Elysée, combien ça coûte ?...

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