Dans la vie vraie

par emery doligé

Rodolphe Belmer et la vache sacrée : Canal Plus change d'ère

Rodolphe Belmer et la vache sacrée : Canal Plus change d'ère

C'est arrivé un vendredi. Vincent Bolloré a coupé la tête. Il a concédé à ses clients ce qu'ils attendaient et a pris le pouvoir sur ceux qui croyaient avoir le pouvoir...

Canal Plus ne va pas bien depuis longtemps. Comme un fait exprès, la semaine de la disparition de l'inventeur de l'esprit canal, Alain de Greef, celui qui a mis à l'antenne le plus d'émissions depuis la fin du précédent cycle est remercié. En quelques jours, Rodolphe Belmer est dégagé au profit d'une nouvelle énergie.

La stratégie et le tempo étaient parfaits. Au milieu de la semaine dernière, on apprenait que Vincent Bolloré, Grand Chef à plume de Vivendi maison mère de Canal Plus, voulait tuer les Guignols. Comme un symbole, les réseaux sociaux ont dit non comme des clients à qui on retire un produit. Les politiques ont suivi. Vincent Bolloré pouvait donner sa victoire à la rue et aux politiques. Du coup, tout le monde est devenu sage coucouche panier. Mais un indicateur n'a pas été suffisamment pris en compte : aucun des Havas boys des réseaux sociaux n'a bougé un tweet. Ils connaissent la méthode de ce patron d'industrie hors pair. Ils savaient que ce n'était pas terminé.

Les Guignols, création Havas, sont donc conservés. Ils seront sûrement relégués dans une case horaire moins visible, mais comme les modes de consommation sont différents, ce n'est pas grave. Et les nombreux abonnés qui se plaignaient d'un Grand Journal sans souffle sont contents aussi, Vincent Bolloré tue la vache sacrée pour satisfaire l'abonné. L'abonné doit pouvoir briller par le simple fait d'être abonné à la chaine dont les émissions en clair sont hypers sexy. Le sentiment d'appartenance est à réinventer.

La décision de Vincent Bolloré ressemble à une action de bon sens. Avec la mort du Grand Journal, l'Etat dans l'Etat Canalplussien disparait. La société de production KM pointée du doigt pour des coûts excessifs et des résultats inférieurs à la concurrence devrait passer aussi à la trappe. C'est un nouveau cycle qui commence.

Les reproches faits à Rodolphe Belmer sont de ne pas avoir anticipé Youporn (le cul), BeIN (le sport), Netflix (le cinéma, les séries), les trois leviers de Canal Plus. Si l'ancien numéro deux du groupe a remis à flot Canal Plus après la catastrophe Messier, s'il a réussi à endiguer la chute brutale des audiences au profit d'une érosion lente, il n'a pas osé tuer la vache sacrée pour disrupter l'offre. Et s'adapter aux clients. Une DRH du groupe me racontait que le Comité de Direction de la chaine cryptée ne comprenait rien au web parce qu'il ne le pratiquait pas.

De son côté Laurent Bon, producteur du Petit Journal et du Supplément doit sourire. Il a inventé de nouvelles écritures, un nouveau ton plus en prise avec la nouvelle contestation jeune et un rythme plus proche de celui de leurs parents. De même, des gens comme Mouloud Achour, avec son clique.tv, affirme dans O, avoir fait plus de bruit en six mois de web qu'en 10 ans de Canal...

Et puis Canal Plus et les observateurs n'ont pas fait attention à un autre signe : Dans le groupe Bolloré la notion d'économies d'échelle est un sacerdoce. Et Havas a de nombreux talents comme Dominique Delport capables non seulement de diriger un média que de produire pour le média. Et Havas et ses producteurs sont plus légitimes que n'importe quel producteur hors du groupe. A l’heure où un plan social de 39 personnes est en cours dans le groupe, les employés sont sensibles à ce discours en faveur de la production interne.

Vincent Bolloré et les siens sont connus en Bretagne pour leur bon sens et leur esprit de famille. Les bretons savent naviguer par gros temps. Et la famille de Vincent Bolloré est son groupe. Canal Plus ne sera plus une chaîne faussement indépendante et rebelle, mais l'expression d'une offre différente dans un groupe qui comprend aussi Universal Music, Dailymotion, Havas, etc... etc... et qui sait satisfaire le client comme l'actionnaire. C'est le sens de la disruption initiée vendredi par Vincent Bolloré.

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Emery Doligé

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