Le marché de conception-réalisation intrigue, fascine ou fait grincer des dents selon qu’on l’examine avec application ou curiosité – une mécanique réglementaire où efficacité croise régulièrement complexité juridique. À chaque étape du processus public, du choix de la procédure au maniement des primes, le dispositif hybride invite à bousculer ses habitudes pour véritablement s’en emparer. Conseils concrets, retours de terrain et outils pratiques : tout passe au crible pour désacraliser la commande publique et s’approprier les particularités d’un marché public évolutif, où l’expertise sait aussi etre humble.
Sommaire
Définition du marché de conception-réalisation : l’essentiel sur ce dispositif hybride

Le marché de conception-réalisation, c’est un peu le couteau suisse (réglementé tout de même !) du secteur public : une seule équipe s’occupe à la fois de la conception et de la construction d’un ouvrage, suivant un cahier des charges precis à la virgule près. Cela accélère le processus, tout en apportant une démarche globale… pour autant, il est vivement recommandé de respecter le mode d’emploi.
Juridiques à souhait, les marchés de conception-réalisation autorisent un acheteur public (collectivité, hôpital, université…) à mandater un opérateur unique ou un groupement pour imaginer et construire l’ouvrage. Exit la traditionnelle dissociation architecte/travaux du marché classique : désormais, tout s’imbrique, du plan a la dernière prise électrique.
En s’appuyant sur le Code de la commande publique (articles L.2171-2 et suivants), la définition se veut limpide – il s’agit d’un marché global attribué pour la conception et la réalisation des travaux, réservé notamment aux opérations soient très techniques, soient urgentes, soient à forte dimension énergétique. Le seuil européen 2023 exige une procédure formalisée à partir de 5 382 000 euros HT pour les travaux.
Last but not least : le dispositif suscite l’intérêt depuis la loi ELAN de 2018, laquelle a élargi ses usages pour faciliter les opérations immobilières innovantes ou à valeur énergétique notable. On constate relativement fréquemment que certains opérateurs publics voient dans ce cadre une façon d’accélérer des projets longtemps freinés (notamment en santé et en éducation).
Résumé des points clés
- ✅ Une seule équipe assume conception et construction
- ✅ Procédure formalisée au-delà de 5 382 000 euros HT
- ✅ Usage accru depuis la loi ELAN pour projets innovants
Qu’est-ce qu’un marché de conception-réalisation ?
Avec le marché de conception-réalisation, toute la responsabilité se concentre entre les mains d’un seul acteur – un bouleversement de l’organisation, des garanties, et une gestion du risque inédite. La division en lots (allotissement), imposée jusque-là par la loi MOP (1985), n’est plus systématique sauf exception. L’allotissement se définit simplement : division du marché en lots spécialisés (gros œuvre, électricité, etc.) pour élargir la concurrence, mais ici, la dérogation peut se justifier par une complexité technique ou un contexte d’urgence.
Autre point : un aperçu comparatif pour mieux comprendre rapidement les dispositifs :
| Disposition | Marché traditionnel | Conception-réalisation | Global de performance |
|---|---|---|---|
| Rôle de l’architecte | Détaché, missionné séparément | Intégré dans le groupement | Intégré + maintenance/exploitation |
| Allotissement | Obligatoire | Dérogatoire | Dérogatoire |
| Durée du contrat | Fin travaux | Fin travaux | 5 à 7 ans typique |
| Champ d’application | Tout projet | Projet technique ou urgent | Performance énergétique/exploitation |
À noter : le marché global de performance franchit encore une étape, en intégrant la maintenance et la gestion énergétique après la livraison. Une formatrice publique rappelait récemment qu’on anticipe ainsi mieux les problématiques en phase d’exploitation.
Procédure et étapes clés – comment s’en sortir sans perdre le nord ?
Les seuils, les jurys, des primes : tout ceci n’est pas une émission télé, mais bien la procédure du marché de conception-réalisation… et, dans les faits, il vaut la peine de connaitre les arcanes pour ne pas se retrouver dépassé par la réglementation.
Organisation de la procédure selon les seuils
Pour des marchés en-dessous du seuil européen (5 382 000 € HT), la procédure adaptée reste possible – moins rigide et plus flexible. Au-delà, l’acheteur bascule vers une procédure formalisée, qui impose une mise en concurrence stricte et une transparence accrue. Cette procédure implique toujours un jury de sélection – façon “jury télé”, mais ici c’est la technique et l’expertise qui priment, jamais la mise en scène.
Voici les points utiles à retenir :
- ✅ La remise d’offre implique une proposition globale, détaillant le programme fonctionnel (et non le CCTP classique)
- ✅ Les candidats, non sélectionnés, reçoivent une prime couvrant jusqu’à 80 % du coût des études, pour favoriser la qualité des dossiers
- ✅ Une part minimale de 10 % du marché réservée aux PME, sauf incompatibilité formellement justifiée
À titre d’anecdote : sur une opération immobilière de 160 millions d’euros, la procédure impose rigueur et anticipation, et les retours de professionnels montrent que la préparation du cahier des charges reste la première source d’erreur. S’y prendre tôt, c’est généralment se garantir un projet plus fluide.
Le jury, les primes… et la vie après la sélection
Le jury analyse les offres sans se laisser séduire par la forme, mais en s’appuyant sur la pertinence technique, la capacité d’innovation et la fiabilité des prévisions de coûts/délais. Si un groupement finit second, il bénéficie tout de même de la prime « études » (jusqu’à 80 % des frais engagés), un geste apprécié pour encourager la concurrence.
Le suivi contractuel qui s’ensuit concerne la gestion des études, des travaux, des avenants, et parfois l’intervention d’un AMO (assistant à maîtrise d’ouvrage) pour le contrôle des engagements. Certains acheteurs évoquent que la présence de l’AMO sécurise d’autant plus le chantier en phase de realisation.
Une question vous vient peut-être : combien de maîtres d’ouvrage dorment vraiment sur leurs deux oreilles pendant la phase de réalisation ? Ceux qui ont construit leur programme fonctionnel à la perfection, et travaillé étroitement avec leur AMO, semblent être majoritaires a ce qu’il semble selon diverses études de terrain.
Motifs d’éligibilité et dérogations : le terrain miné des exceptions
Passer outre l’allotissement dans les marchés publics, cela revient à demander une dérogation pour faire du vélo dans le couloir : la démarche exige des justifications solides et formelles, validées par l’administration.
Les critères principaux – quand le recours à la conception-réalisation devient légal
La loi ELAN et le Code de la commande publique sont clairs sur ce point : il faut prouver la nécessité du dispositif par une technicité forte, une innovation en matière énergétique, ou encore une urgence avérée (ex : reconstruction après sinistre). L’acheteur public doit consigner par écrit ses raisons, à chaque etape.
Voici les principaux repères à retenir :
- ✅ Technicité hors normes (ex : bâtiments complexes, structures spécifiques)
- ✅ Programmes aux exigences énergétiques dépassant la réglementation thermique
- ✅ Urgence manifeste (séisme, inondation, situation de sécurité exigeante)
On remarque que la jurisprudence récente insiste : détourner le dispositif « juste » pour des raisons organisationnelles expose à la sanction. Des praticiens du secteur évoquent que le formalisme et la rigueur sont passés au peigne fin par les juges, ce qui oblige à une prudence accrue.
Justifier sa dérogation – la clé pour éviter l’annulation
Selon différents retours d’experts sur le Village Justice, chaque justification doit figurer en toutes lettres dans le dossier de consultation – oublier cette précaution, c’est risquer le recours et une annulation rapide, parfois aussi fatale qu’une mousse au chocolat disparue en quelques minutes lors d’un goûter d’anniversaire…
En pratique, les acheteurs publics s’appuient sur les guides ANAP et sur la jurisprudence pour rédiger leur dossier – une démarche désormais incontournable dès que la dimension juridique du projet devient critique. Dans certains cas récents, le calibrage du dossier grâce à ces ressources a permis d’éviter des déconvenues majeures.
Bon à savoir
Je vous recommande de toujours documenter précisément vos justifications de dérogation dans le dossier de consultation pour éviter des recours coûteux.
Risques juridiques et sécurité réglementaire : cache-cache avec le contentieux
Le marché de conception-réalisation séduit par sa promesse de gain de temps… mais ouvre en parallèle un terrain fertile pour les recours, litiges et suspensions. On constate souvent que la préparation est déterminante pour réduire ces risques à leur plus strict minimum.
Les types de litiges les plus courants et les moyens de prévention
L’essentiel des annulations naissent d’une mauvaise justification des motifs techniques ou énergétiques, ou d’un programme fonctionnel trop vague, une faille suffit pour qu’un concurrent évincé enclenche la procédure et oblige à tout recommencer.
Trois précautions reçoivent l’approbation des spécialistes :
- ✅ Rédiger un programme fonctionnel clair et détaillé, sans brider totalement l’innovation
- ✅ S’appuyer sur la jurisprudence pour affûter son argumentation (Village Justice recueille de nombreux cas emblématiques)
- ✅ Recourir à une assistance juridique ou à un AMO – en particulier pour les opérations dépassant entre 20 et 25 millions d’euros
À titre d’exemple, selon l’observatoire ANAP, les pénalités contractuelles peuvent s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros sur une grosse opération immobilière. Il est donc prudent de noter qu’une erreur de procédure impacte directement la viabilité du projet (et, dans certains cas, la réputation d’une équipe lors du prochain défi collectif).
S’assurer de la conformité : check-list et ressources
Pour se prémunir, la checklist réglementaire fait régulièrement la différence. Entre le Code de la commande publique et les guides ANAP, chacun trouve des outils pour prioriser l’essentiel – surtout lorsque les échéances approchent et que le stress grimpe.
FAQ, simulateurs de seuils, modules interactifs d’IA : tout outil facilitant le contrôle d’éligibilité et la sécurisation de la procédure mérite votre attention. Une formatrice en marchés publics rappelle que consulter la base Legifrance avant chaque rédaction de marché permet d’éviter bon nombre d’écueils.
Outils pratiques et ressources : comment gagner du temps sans sacrifier la qualité
Fini la paperasse qui plane sur les bureaux : aujourd’hui, les guides interactifs, simulateurs et FAQ vous épargnent la lecture de centaines de pages législatives… Une façon de rester efficace, sans se perdre dans les annexes.
Le kit du parfait acheteur : guides, simulateurs, modèles
Pour démarr, le guide ANAP s’impose comme référence : checklists, canevas pour le programme fonctionnel, études de cas chiffrées (par exemple une opération à 160 M euros). Les simulateurs de seuils, eux, aident à cerner en quelques clics la procédure adaptée.
Des outils à garder sous la main :
- ✅ FAQ dynamique, qui s’adapte au profil utilisateur
- ✅ Glossaire accessible pour démystifier les termes techniques et juridiques
- ✅ Modèles express pour programme fonctionnel ou CCTP
Certains experts du secteur proposent cette méthode : “Téléchargez le guide, testez le simulateur, vérifiez la conformité… puis sollicitez un AMO ou un juriste avant de lancer la procédure.” On peut supposer que cette démarche limite considérablement les aléas.
FAQ, ressources officielles et modules interactifs
La plupart des sites spécialisés mettent à disposition des FAQ sur-mesure (Village Justice, Legifrance, Guides ANAP) et des modules interactifs qui traitent aussi bien les cas standards que les questions de dernière minute. De nombreux acheteurs publics conseillent de s’abonner à une newsletter “Marchés publics” pour rester informé des évolutions réglementaires – le droit est un domaine aussi mouvant que les préférences alimentaires d’une équipe de projet, à croire certains échanges de couloir.
Exemples concrets et storytelling métier : du terrain à la jurisprudence
On quitte les principes généraux pour plonger dans des exemples réels ! Rien ne vaut un retour du terrain pour saisir l’impact d’un choix stratégique sur le projet lui-même… ou sur la motivation des intervenants.
Mise en situation : l’opération immobilière à 160 millions d’euros
Imaginez : une opération hospitalière de 160 millions d’euros, pilotée sous le régime de la conception-réalisation. Le maître d’ouvrage vise un projet rapide, conforme énergétiquement, et innovant. Pendant la phase concours, trois groupements participent, chacun percevant une prime d’études s’il n’est pas retenu (jusqu’à 80 % du coût). Le projet est finalement livré avec six mois d’avance : la presse en parle, mais l’architecte intégré dans l’équipe déplore parfois la perte de certains choix sur les matériaux de façade. Le dialogue reste primordial – certains professionnels relatent que ce compromis détermine le succès de la coopération.
Témoignages croisés : acheteur public, AMO, entreprise
Du côté de l’acheteur public : “L’accompagnement juridique en amont nous a évité deux recours coûteux. Avec le recul, j’aurais pris plus de temps sur la rédaction du programme fonctionnel.”
Un entrepreneur témoigne : “Le mode conception-réalisation favorise vraiment l’innovation, mais trop de rigidité dans le programme restreint parfois les choix de matériaux ou de méthodes.”
Pour l’AMO : “Segmenter les guides, tester la procédure sur simulateur, prévoir une hotline juridique : c’est ce qui nous a évité bien des sueurs froides, et permis d’aller droit au but.”
Et vous, envie de tenter ce montage ? Dernier point à méditer : qui contrôle réellement les décisions dans ce dispositif ? Un questionnement qui habite régulièrement les débats d’équipe en réunion de chantier.
Contact, FAQ et ressources externes : pour aller plus loin (ou simplement, dormir tranquille)
Un doute, une question, ou l’envie de simuler rapidement l’éligibilité de votre projet ? N’hésitez pas à solliciter conseil : le marché de conception-réalisation gagne à être partagé et discuté.
Les indispensables – où cliquer, qui contacter ?
Voici trois ressources incontournables :
- ✅ Code de la commande publique (L.2171-2 et suivants), pour revenir à la source réglementaire
- ✅ Village Justice, pour la veille sur la jurisprudence et l’analyse des litiges
- ✅ Guide ANAP téléchargeable : modèles, checklists, cas chiffrés
En dernier lieu : mieux vaut prévoir un rendez-vous avec un expert marchés publics, télécharger le guide officiel ou utiliser un simulateur en ligne en cas de doute. La conformité s’anticipe – et une poignée de minutes de préparation suffisent parfois à éviter les recours imprévus…
Mis à jour le 9 décembre 2025