Chez Stellantis, l’arrivée d’Antonio Filosa prend des allures de changement de pilote en pleine tempête, avec à la clé une promesse de pragmatisme pour négocier les virages serrés de l’électrification sous la pression d’une concurrence féroce. Fini les plans rigides venus d’en haut : Filosa préfère consulter la carte à chaque carrefour, optant pour une adaptation fine au lieu de forcer le passage. Plutôt que de foncer tête baissée vers le tout électrique, il tend l’oreille au marché et ajuste l’allure pour éviter les sorties de route sociales et industrielles. Le groupe retient son souffle ; le moment semble venu pour une transformation plus nuancée, taillée sur mesure pour chaque territoire, là où chaque détour compte, et où la route n’est jamais entièrement tracée à l’avance.
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Antonio Filosa installe sa vision chez Stellantis : l’heure d’un virage électrique plus mesuré ?

Le nom d’Antonio Filosa résonne désormais comme une vraie source d’espoir ou peut-être un signal de changement de cap pour Stellantis. À 52 ans, cet ingénieur italo-brésilien, façonné par la maison Fiat puis par le groupe élargi, prend le volant d’un constructeur éprouvé par la conjoncture. Face à l’électrification qui patine, à la pression des marchés et à une concurrence toujours plus intense, chaque choix pèse sur l’industrie aussi bien qu’au sein des usines de Sochaux ou Pernambuco. Nouveau chef, nouvelle ère ? Les choses vont-elles vraiment bouger ? Une seule certitude : la question de l’avenir électrique du groupe brûle toutes les lèvres… et le tableau s’annonce plus complexe que jamais.
Un pragmatique à la barre, tempête en vue
Depuis l’annonce officielle, tout l’écosystème automobile ressent une petite secousse. Là où Carlos Tavares incarnait la force implacable, menant chaque décision comme une bataille, Antonio Filosa intrigue, adoptant un style discret et fédérateur. Management humain, goût du compromis et solide expérience industrielle : le portrait se démarque. Pourtant, malgré une allure plus douce, il reste un décideur exigeant, connu pour dynamiser aussi bien des usines que des marchés comme l’Amérique latine.Filosa observe l’électrique sans oeillères. Chez Jeep, il n’a pas banni les moteurs puissants, histoire d’agacer quelques défenseurs de la pureté verte. Son credo : ouvrir le débat sans diviser. Beaucoup en interne interprètent son arrivée comme le signal d’un virage stratégique plus souple alors que le marché grince.
Électrification : accélérer, ralentir, ou changer de tempo ?
La stratégie « Dare Forward », lancée tambour battant par Tavares, cherchait une transition quasi-totale vers l’électrique d’ici 2030. Sauf que la réalité frappe fort : la rentabilité recule, les coûts industriels explosent et les clients hésitent. Filosa, bien plus à l’écoute des réalités du terrain, pourrait revisiter la trajectoire… sans tout balayer. Cap sur l’adaptation : hybridation, prudence sur les investissements massifs, ajustements régionaux à la clé.
La concurrence chinoise, entre ouverture et résistance ?
Sur le front chinois, Carlos Tavares sortait souvent l’artillerie lourde : taxes, relocalisation, discours musclé. De son côté, Filosa avance discrètement. Confronté à la montée des marques asiatiques en Amérique latine, il préfère la stimulation de la concurrence, multiplie les échanges et n’écarte pas des coopérations ponctuelles. Cette approche moins belliqueuse pourrait changer la donne, par exemple sur l’approvisionnement en batteries ou les logiciels embarqués.
Au-delà du produit, la métamorphose d’un mastodonte
Filosa n’a pas simplement à choisir entre prise électrique ou pompe à essence. Il joue funambule entre la gouvernance d’un géant, la gestion des actionnaires historiques (familles Peugeot, Agnelli, Exor…), l’équilibre des stratégies nationales, et un impératif : préserver la rentabilité. Tout cela sans froisser les syndicats, ni casser ce qui fait la force des marques françaises et leur identité.
L’Italie et la France, nouvelle partition pour les dirigeants ?
Détail piquant : après Renault, Peugeot-Citroën-DS danse aujourd’hui sous direction italienne. Simple coïncidence ou signe d’intégration accélérée ? Avec cette valse des dirigeants, rien ne dit que certaines filiales ne s’inquiètent pas d’un effacement progressif de leur ADN.
Conseil de connaisseur : Les politiques de marque doivent conserver leur histoire tout en jouant la carte de la compétitivité. Gérer un ensemble comme Stellantis exige une vraie finesse : chaque logo a son poids dans la balance globale.
Un nouveau cap, toujours un œil sur la rentabilité
Plutôt que des promesses fracassantes ou une opposition frontale, Filosa donne l’impression de naviguer à vue… mais jamais sans boussole. La rentabilité reste le juge ultime, surtout après une chute de 70 % des bénéfices l’an passé. Le but ? Adapter l’offre, sans perdre ni les fidèles à l’essence, ni les accros aux nouvelles mobilités. Plateformes modulaires, modernisation des sites (Sochaux en tête), investissements ciblés dans les gigafactories en Europe et Amérique du Sud : pas question de caler, mais la cadence change, pour mieux aborder les prochaines courbes.
L’électrique, oui, mais loin du forcing : la recette Filosa
Stop ou encore pour le 100 % électrique ? Filosa atterrit avec une sacrée équation : maintenir le groupe en tête de l’innovation tout en limitant la casse sociale et financière. Grâce à son profil fédérateur et son sens aigu de l’international, il ouvre une nouvelle ère, où chaque marché pourrait définir son propre chemin vers l’électrique. Ici, la promesse ne tient plus du miracle attendu. Plutôt une adaptation, quasi-silencieuse, au rythme que dicte la réalité. Rien d’évident, mais ce pari, s’il réussit, pourrait éviter à Stellantis les pires sorties de route. Difficile d’affirmer aujourd’hui si ce virage pragmatique marquera l’émergence d’un souffle nouveau… ou une simple parenthèse en attendant mieux. À l’intérieur du groupe, tous les regards se tournent maintenant vers la première grande annonce signée Filosa. Peut-être le moment de dessiner une feuille de route moins rigide, plus proche d’une carte routière évolutive, saupoudrée de bon sens industriel.
Mis à jour le 13 août 2025